Après la pause estivale, je reviens à ma série. Aujourd’hui, j’ai tiré dans mon grand chapeau[1] la question de la jeune Flo qui nous écrit de la ville rOseuh :

Ça se passe comment avec le public, ses réactions, rires, toux… – surtout quand, dans une configuration comme celle de l’Espace Marais, on ne peut pas ignorer qu’il est là ?[2]

Principalement, c’est la question de la concentration qui se pose ici. Dans mon premier billet de la série, j’évoquais la mémoire, la façon dont on s’appuie dessus pour dérouler le spectacle quoi qu’il arrive. Face à une réaction inattendue dans la salle, on se raccroche à ce qu’on connaît, à ce qu’on sait faire. Il peut arriver que certains groupes scolaires, notamment, dégagent une forme d’hostilité, d’indifférence agressive, qui rendent les choses difficiles. C’est aussi là qu’on se rappelle qu’on est plusieurs : il y a le Noé comédien, conscient de la réalité qui l’entoure, attentif à elle pour, précisément, ne pas se laisser surprendre et déconcentrer. Il y a le type qui pense à sa vie, à ceux qui l’aiment, à ses emmerdes, aussi, qu’on empêche de parler trop fort à l’intérieur de soi, mais qui peut prendre ses aises entre deux répliques[3]. Et bien, sûr, seul montré, il y a le personnage, qui vit, lui, la situation, à qui le comédien aura prêté son corps et sa voix pour partager son histoire avec le public.

Ce qui a pu, assez rarement heureusement, me mettre en danger, ç’a pu être certains spectateurs que je connaissais, que je pouvais voir dans la salle, et dont l’avis m’importait. Je me surprenais alors à guetter leurs réactions, au risque, précisément, de me déconcentrer. J’ai toujours réussi, fort heureusement, à me rappeler à l’ordre et à ne pas saboter le spectacle !

Et il y a les cas exceptionnels, où on est obligé d’interrompre la représentation. L’an dernier, une élève de groupe scolaire a ainsi fait un malaise vagal en pleine représentation. Nous avons dû interrompre le spectacle pendant plus d’une demi-heure[4]

La représentation où, je crois, on a eu le plus de mal à poursuivre, c’est un jour chaud, où, la porte étant ouverte sur la rue pour favoriser l’aération, des gardiens de la paix ont surgi sur le plateau (au début de la représentation), alertés par les cris de nos personnages – ils répondaient à un appel pour violence conjugale. Si nous avons réussi à poursuivre la scène, pendant quelques minutes, nous avons bien senti que les spectateurs n’étaient plus avec nous ^^

Il y a par ailleurs, des comédiens qui sont inconfortables avec cette proximité des spectateurs. Pour ma part, j’adore apercevoir leurs réactions, les sentir calés sur notre rythme, et le plus grand risque de déconcentration vient davantage d’un imprévu sur le plateau ! Un camarade qui trébuche, une réplique qui sort improbablement, un projecteur qui tombe en panne, un accessoire qui n’est pas à sa place, un nez qui se décolle ; là, je me sens menacé, par le fou-rire dans le meilleur des cas, par l’incapacité de jouer la scène comme prévue.

Et tout ça, ça recommence demain ! J’ai hâte. On s’y retrouve ?

Notes

[1] N’hésitez à alimenter ledit chapeau dans les commentaires ;-)

[2] Oui, je paraphrase lâchement.

[3] Il lui, arrive, à ce sale gosse, de dénombrer les spectateurs depuis la scène

[4] Comme le sujet concerne le rapport au public, je ne parle pas des incidents techniques, pannes de régie, fuite d’eau de la machine à laver du dessus…